J’ai envie de bosser de chez moi : rêve ou réalité ?

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Ras-le-bol d’aller tous les jours au bureau, envie de plus de souplesse dans votre job ? Le télétravail est peut-être la solution pour retrouver un peu de liberté. Mais attention, travailler chez soi nécessite une vraie discipline.

Si vous en avez marre de passer vos journées à courir entre le bureau, la maison et la nounou, le travail à la maison est peut-être la bonne solution pour vous ! Finis les trajets interminables, matin et soir, les embouteillages, la pollution, le bruit. Vous gagnerez du temps… et de la souplesse. De la flexibilité comme on dit aujourd’hui, notamment de vos horaires que vous trouviez un peu rigides…Bref, vous augmenterez votre capacité de réflexion et votre efficacité au travail ! Que du bonheur ! A condition toutefois de rendre votre travail en temps et en heure. Là-dessus, c’est statu quo, rien n’a bougé. Bosser de chez soi, c’est aussi une façon de réduire votre impact environnemental (merci pour la planète) et, plus prosaïquement, vos frais quotidiens. Avez-vous déjà fait le calcul des dépenses engendrées par votre activité professionnelle ? Le résultat est parfois surprenant. Additionnez vos frais de transports, de déjeuner, d'habillement et le coût de votre mode de garde si vous avez des enfants. Cela peut représenter chaque mois une somme rondelette.
Le télétravail, c’est aussi une méthode pour mieux concilier vie familiale et vie professionnelle. Enfin le lieu du domicile n’est plus conditionné par le lieu de travail (mais plutôt l’inverse). Mieux encore, le travail à la maison, pour certains secteurs d’activités, vous exempte de toute contrainte géographique. Seule condition, disposer des moyens de communication modernes (Internet, fax, téléphone portable, éventuellement une webcam pour les visioconférences !).
Et pourtant, le télétravail a encore du mal à s’imposer en France. Pourquoi ?

« Travailler chez soi, c'est d'abord adopter un nouveau mode de vie. Ce qui implique de renoncer à certains aspects agréables de la vie en entreprise : les contacts humains, les déjeuners entre collègues, les pauses-café... La solitude n'est pas toujours facile à vivre ». Xavier, 34 ans, télétravailleur du journalisme.

Il y a le rêve, et le quotidien. Si bosser de chez soi présente bien des avantages, avant de vous engager dans cette voie, posez-vous tout de même les bonnes questions :
> Etes-vous suffisamment autonome et motivé pour vous imposer une vraie discipline de travail ? Travailler à domicile, c’est savoir s’organiser, gérer son temps mais aussi sa solitude.
> Disposez-vous chez vous d'un espace de travail clairement délimité et dédié à votre activité professionnelle pour ne pas être importuné par votre conjoint ou votre petite famille ? Il est important d’établir une nette séparation entre vie privée et vie professionnelle. Obtenez l’adhésion de votre famille en prévoyant à l’avance les plages horaires qui seront exclusivement consacrées au travail. Le travail effectué chez soi doit être reconnu par tous comme un vrai travail.
> Etes-vous du genre à vous faire dévorer par votre job ? Nombreux sont les travailleurs à domicile qui se plaignent de ne pas pouvoir prendre de vacances, ou encore de devoir travailler le samedi ou le dimanche.
> Entre ces deux affirmations, de quel côté votre cœur balance ?
- Je vais être enfin au calme, loin de mes collègues qui interrompent souvent ma concentration au bureau avec leurs commérages. Sans parler de la réunionnite incessante…
- Je regrette quand même le côté caméra-café, et les déjeuners dans le quartier avec les collègues.

En résumé, travailler chez soi nécessite une vraie discipline. Car plus la marge de liberté est grande, plus nous devons nous imposer un niveau d’exigence élevé.
Deux sites peuvent vous aider à y voir plus clair et vous aider à faire ce choix de vie professionnelle : http://www.andt.org/
http://www.aftt.asso.fr/

Le télétravail en attente d’un statut
Si le travail à domicile présente sur le papier bien des atouts, il n’a pas de spécificité juridique en tant que tel. Il ne répond pas à des considérations juridiques mais à des considérations pratiques. Néanmoins, un accord a été conclu en juillet 2005 entre patronat et syndicats visant à décliner dans le droit national un accord européen sur le télétravail, et certains éléments du code du travail permettent d'établir une réglementation.

Qui télétravaille ?
Est concerné par le travail à distance tout emploi qui manipule de l'information : secrétaire, comptable, traducteur, graphiste, illustrateur, journaliste, architecte, informaticien... Selon une étude menée par la DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques) fin 2004, 2 % des salariés pratiqueraient le télétravail à domicile. La moitié serait des cadres travaillant principalement dans le secteur des banques et assurances…

Les modalités d’exercice
Si vous êtes salarié, votre employeur doit établir un contrat de travail de droit commun, comme si le poste était tenu dans les locaux de la société. Seules changent les clauses sur le lieu de travail et les horaires. Cette modification devra faire l'objet d'un avenant à votre contrat si vous étiez déjà salarié de l'entreprise. Vous bénéficiez du même salaire, des mêmes droits et avantages (congés, couverture sociale etc.) que si vous travailliez sur le site de l'entreprise. Pensez par contre à négocier avec votre patron la prise en charge du matériel dont vous aurez besoin et faites ajouter ces éléments dans votre contrat.

Des chercheurs de l’université de Pennsylvanie se sont penchés sur le télétravail
Le télétravail efface les barrières géographiques, augmente le pouvoir de communication, booste la souplesse et la réactivité. Plus de liberté, plus de flexibilité, plus d'efficacité… et moins de stress. C’est ce qu’affirme une étude américaine qui vient d’être publiée par des chercheurs de l’université de Pennsylvanie
A partir d’une analyse effectuée auprès d’un échantillon de 12 000 télétravailleurs, il ressort que pour les employés, le télétravail conduit à plus de satisfaction dans la réalisation de leur travail. Il améliore également l’équilibre entre vie professionnelle et vie de famille, et développe l’autonomie souvent recherchée par les employeurs. En revanche, les télétravailleurs soulignent le besoin de maintenir des relations sociales avec leurs collègues, en organisant de temps à autre des rencontres en face à face. La peur de voir sa carrière stagner ne semble finalement pas une crainte aussi importante qu'on a pu le souligner à une certaine époque.


Edgar Morin, avocat émérite du télétravail


Alors que tout le discours ambiant invite à une mutation organisationnelle, le télétravail n’aurait jamais eu autant d’avenir (et d’adeptes). Un avenir encore plus radieux depuis que Nicolas Sarkozy a appelé de ses vœux (et dans ses vœux) « une politique de civilisation », si chère à Edgar Morin. En tout cas, ce dernier, sociologue et directeur de recherche émérite au CNRS, en fait (du télétravail) l’un des 3 piliers de la revitalisation des campagnes… avec la boulangerie et le bistrot. Et de la réhumanisation des villes.
Si j’avais été candidat..., par Edgar Morin (27 avril 2007)
« … La réduction des intoxications de civilisation - dont l’intoxication publicitaire, qui prétend offrir séduction et jouissance dans et par des produits superflus -, du gaspillage des objets jetables, des modes accélérées qui rendent obsolètes les produits en un an, tout cela doit nous conduire à renverser la course au plus au profit d’une marche vers le mieux, et s’inscrire dans une action continue en faveur de deux courants amorcés qu’il faut développer : la réhumanisation des villes et la revitalisation des campagnes. Cette dernière comporte la nécessité de réanimer les villages par l’installation du télétravail, le retour de la boulangerie et du bistro… »
Source : http://www.lemonde.fr/web/article/0...