Cadres… Par ici la sortie !

licenciement.jpg

Tous les cadres aujourd’hui seraient potentiellement de futurs « virés ». Avec comme unique et quelquefois définitif plan de carrière : la porte.

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder les statistiques : le nombre de licenciements pour motif personnel (LMP pour les initiés) a augmenté de 40 % entre 2001 et 2003 (1). Il s’agit de vous faire craquer pour vous pousser à démissionner, ou alors de monter de toutes pièces des dossiers pour faute. Tous secteurs confondus, ils représenteraient même aujourd’hui 74 % des licenciements. Loin devant les plans sociaux et autres licenciements pour motifs économiques. Mieux vaut donc s’y préparer le moment venu, c’est-à-dire au moindre soupçon.
(1) Chiffres de la Dares (Direction de l’animation et de la recherche des études et des statistiques)

« Ce n’est pas le fait d’un chef pervers mais bien une stratégie délibérée »


Françoise Riera-Dabo, spécialiste des tendances sociétales, a décidé de lutter contre l’abus du LMP. Après avoir épluché nombre de témoignages, elle a sorti un « guide de survie en milieu hostile »* destiné à aider tous ceux qui ne savent pas comment réagir quand ils se sentent menacés. Elle répond à nos questions.

Qui est touché par ces pratiques ?
A peu près tout le monde, mais encore plus les cadres qui ont dépassé la quarantaine. Plus vous êtes senior, plus vous coûtez cher à l’entreprise et plus on veut éviter de trop payer à la sortie, même si on n’a rien réellement à vous reprocher.
Comment pratique-t-on ?
On commence par vous pourrir la vie en mettant en place un harcèlement institutionnel. Ce n’est pas le fait d’un chef pervers, narcissique, mais bien une stratégie délibérée pour faire en sorte que vous décidiez de vous-même d’aller voir ailleurs. On peut vous muter sans vous demander votre avis, on vous donne de moins en moins de missions à accomplir, ou alors on vous fixe des objectifs totalement inatteignables… Il y a plein de façons insinues de vous mettre la pression. A l’arrivée, on a vu des cadres tomber en dépression profonde au point d’être déclarés inaptes au travail par la médecine du travail. Quand vous ne vous suicidez pas comme cette cadre de la Sodexho qui a malheureusement fait la une de l’actualité ces derniers mois.
Peut-on y échapper ou y réchapper ?
Tout dépend en fait de votre capacité de nuisance. C’est du domaine du rapport de force. Si celui-ci vous est favorable, parce que vous tenez de gros clients ou alors vous avez gardé des traces de certains événements pas toujours catholiques, vous aurez plus de chance d’être respecté et traité avec considération. Sinon…
Vous dîtes que le LMP est une tendance lourde et pas simplement des dérapages ici ou là ?
Dans une logique de rentabilité, ces pratiques se systématisent en effet. D’autant plus qu’elles échappent à tout contrôle. Quand on entend parler à la télé ou dans les journaux de souffrance au travail, on perçoit souvent cela d’un point de vue doloriste (on est désolé pour ces gens), ou avec une approche purement macro-éco. On ne voit pas concrètement ce que cela signifie que de traiter les gens comme ça.
Comment peut-on s’en sortir ?
Tout dépend de votre niveau de résilience, comme dirait Boris Cyrulnik. Ce qui est sur, c’est que même les gens qui s’en sortent bien et qui ont rebondi, en gardent des traces. Il ne faut pas oublier que ces pratiques sont vécues individuellement. Vous vous retrouvez tout seul. Pire, c’est encore un sujet tabou, un motif de honte. Dans les cabinets d’outplacement, on recommande bien de ne jamais mentionner que vous avez subi ce genre de pratiques. Cela participe au traumatisme des gens qui les ont vécues. Non seulement ils en ont pris plein la figure mais en plus ils doivent le cacher, ils n’ont pas le droit d’en parler.

Trois techniques de survie recommandées par Françoise Riera-Dabo dans son Guide de survie du cadre en milieu hostile, First Éditions, 14,90 €.

> La tactique du tatou, animal qui se met en boule, protégeant ainsi ses parties vulnérables en n’offrant à son assaillant qu’une carapace relativement solide… La tactique du tatou consiste, non pas à faire le don rond en espérant que votre éjecteur se lasse, mais à essayer de donner le moins de prise possible pour éviter la faute... Feignez d’accepter la version officielle : votre entreprise n’a aucune mauvaise intention à votre égard et pour l’instant vous n’êtes pas en conflit…Comme la période risque d’être assez éprouvante, n’hésitez à consulter un médecin pour qu’il vous mette à l’abri en vous prescrivant un arrêt. Evitez toutefois l’écueil de l’arrêt longue durée… Ne jamais perdre votre objectif : tenir assez longtemps physiquement et moralement pour arriver à formaliser les éléments prouvant les intentions hostiles de votre employeur.
> La technique du sonar. A chaque nouvelle brimade (insinuations orales sur vos capacités et vos compétences, confiscation de dossier, non-invitation à une réunion…) vous allez envoyer des ondes (mails) pour qu’elles se heurtent à un obstacle et puissent donc faire l’objet d’un enregistrement (dont vous garderez rigoureusement la trace). Il ne s’agit pas de faire des vagues. Jouez-là profil bas, éviter toute agressivité, toute remise en cause des décisions de votre direction. Ne jamais parler pas d’injustice… Pour pratiquer au mieux la technique du sonar, trois règles essentielles sont à respecter :
- réagir en léger différé
- devenir le champion de l’archivage
- apprendre à vous exprimer couramment en LPC (langage positivement correct)
> Le back-up. Il est fortement recommandé de faire appel à un professionnel dès l’instant où vous commencez à sentir la fameuse odeur de roussi. Ce regard extérieur vous aidera à décoder juridiquement la situation et à réagir en ne commettant aucune erreur tactique.

Pour en savoir encore plus, allez sur notre Forum de discussion où vous pourrez lire, en plus des nombreux témoignages, les bons conseils de Maître Benjamin PITCHO, notre avocat-expert.