le microcrédit, un petit coup de pouce pour bien démarrer
Rien dans les poches mais des projets plein la tête ? Pensez microcrédit ! Venu tout droit des pays en voie de développement, son principe est largement exploité en France, un pays pionnier en la matière.
Vous souhaitez reprendre un commerce, fonder une entreprise, bref, devenir votre propre patron ? Mais les banques ne vous suivent pas ! Vous cherchez un organisme de caution ? A condition de présenter sérieux et compétence, vous pouvez faire appel à des organismes finançant le microcrédit ou se portant garant pour vous. Deux pistes.
L’Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE)

En 1985, l’économiste Maria Nowak décide de transposer en France le modèle créé par Muhammad Yunus pour « donner une chance aux exclus ». Elle fonde l’ADIE, Association pour le droit à l'initiative économique dont elle devient présidente. « Elle travaillait à l’international pour l’Agence française de Développement, explique Emmanuel Landais, directeur général d’ADIE. Dans les années 80, de plus en plus de personnes sont victimes de la précarité. C’est à cette époque que le RMI est inventé. Elle a eu l’intuition d’adapter les méthodes du microcrédit à la France. »
Aujourd’hui, c’est donc un moyen d’aider les personnes exclues du marché du travail et du système bancaire classique à créer leur propre emploi. Depuis vingt ans, l’ ADIE a financé plus de 56.000 prêts générant autant de micro-entreprises et donc d’emplois. Essentiellement dans le commerce, le bâtiment, la restauration. Tout le monde peut y prétendre, la seule condition est d’avoir la volonté d’échapper à la précarité… et un petit savoir-faire dans un domaine.
Les porteurs de projets sont aidés pour un montant maximum de 5500 euros, auxquels peuvent s’ajouter des aides de l’Etat. Les taux d’intérêt tournent autour de 7, 5%, auxquels s’ajoute une contribution de solidarité de 5% du montant prêté. Le prêt est remboursable sur deux ans maximum. En contre partie, l’association assure le suivi de ses « clients » à travers les conseils de salariés et de bénévoles formés. L’association fonctionne elle-même grâce à des prêts accordés par des banques et des partenariats avec des entreprises privées et publiques. « Nous envisageons l’avenir avec sérénité, estime Emmanuel Landais. Nous commençons à obtenir la reconnaissance des pouvoirs publics. Lentement, mais sûrement, la législation en la matière s’améliore. »
« Tout le monde ne peut pas créer son entreprise, renchérit pourtant Georges Tapero, lui-même micro-entrepreneur (voir témoignage). Il faut être autonome et motivé, car c’est beaucoup de travail. Ce qui a joué dans l’acceptation de mon dossier, c’est sans doute mon savoir-faire. »
www.adie.org
France Active se porte caution pour les prêts bancaires

Pour un prêt plus important que le montant proposé par l’ADIE, le créateur d’entreprise peut faire appel à France Active. La mission de cette association : lutter pour l'insertion par l'économique en se portant caution auprès des banques. Cet organisme s’adresse en fait à toutes les personnes qui souhaitent créer leur propre entreprise, à la seule condition de ne pas être salarié en CDI. « La différence avec l’ADIE, explique Julie Schwarz de France Active, c’est que nous négocions auprès des banques des prêts plus importants, de 21000 euros en moyenne, jusqu’à 46 000 euros. Avec des remboursements entre 5 et 7 ans. La différence aussi, c’est que nous estimons que le taux d’intérêt d’un prêt doit être le même chez une personne à faible revenu que chez une personne qui n’a aucune difficulté auprès des banques. C’est pourquoi, 80 % des taux que nous négocions avec les banques sont inférieurs à 5%. »
Ce qui attend le demandeur :
- Un expert rencontre le porteur de projet dans l’une des 40 entités régionales présentes sur le territoire français.
- La personne ne doit pas venir les mains vides mais avoir déjà établi un business plan.
- Le dossier est étudié avec l’expert, puis passe entre les mains d’un comité d’engagement qui le valide ou non.
- Une fois la validation acquise, commence la négociation avec les banques.
www.franceactive.org/
Les origines du microcrédit sont associées à Muhammad Yunus, professeur, prix Nobel de la Paix 2006 et citoyen du Bangladesh. Précisément quand il demande à ses étudiants de recenser les besoins financiers de 42 villageoises qui voulaient se lancer dans la fabrication de tabourets en bambous. 27 dollars chacune. La somme a beau être petite, ces femmes, sans revenus, ne présente pas de garanties suffisantes pour avoir accès au crédit. Muhammad Yunus leur prête, à titre personnel, la somme. Avec cet argent, elles achètent du matériel, développent leur activité, créent des emplois et remboursent le professeur intégralement. En 1976, Yunus crée la Grameen Bank, la première banque de prêt pour les pauvres du Bangladesh.
Vingt ans plus tard, PlaNet Finance, une des principales Organisations Internationales spécialisées dans la microfinance, voit le jour. Elle est présidée par Jacques Attali. Chaque année PlaNet Finance soutient plusieurs millions de micro-entrepreneurs grâce à des programmes dans près de 60 pays.
www.GrameenFoundation.org
www.planetfinance.org
Georges Tapero : "J’ai créé mon entreprise grâce au microcrédit"
"J’étais RMIste depuis longtemps quand j’ai voulu reprendre mon activité de tapissier. Après avoir obtenu mon CAP d’artisan tapissier, j’avais exercé cette activité avant de me retrouver au chômage. J’avais 50 ans. J’ai travaillé dans d’autres domaines, vendeur en bijouterie par exemple ! Mes enfants étaient grands, j’ai décidé de m’installer à mon compte. Mais reprendre une entreprise n’est pas une mince affaire, l’aventure est risquée. Les loyers sont chers et les banques méfiantes. C’est une assistante sociale qui m’a informé de l’existence de l’ADIE. Elle m’a également orienté vers l’ACCRE [aide aux demandeurs d'emploi créant ou reprenant une entreprise, NDLR] grâce à laquelle j’ai pu bénéficier d’exonérations de charges. Je crois que mon dossier auprès de l’ADIE a été retenu en raison de mon savoir-faire. J’ai touché un prêt de 5000 euros. Cela m’a permis de financer mon matériel, mes catalogues, etc. Ma boutique est bien située, dans le 18e arrondissement de Paris, au pied de la butte Montmartre. Elle est assez spacieuse, j’ai deux salles ouvertes au public. L’une dédiée à la revente d’antiquités, l’autre de tapis. J’ai mon atelier dans l’arrière-boutique. Les microcrédits ne sont pas des prêts distribués sur du vent, il faut un dossier sérieux, vendre ses compétences et montrer que l’on a les pieds sur terre. L’avantage, c’est que l’on est suivi régulièrement pendant deux ans. Grâce à ce suivi très professionnel, j’ai évité quelques erreurs. Aujourd’hui, ma boutique fonctionne bien, les gens du quartier me connaissent, j’ai une petite clientèle."
Frédéric Renard : "France Active s’est porté garant pour mon projet"
"J’ai travaillé 10 ans dans l’hôtellerie comme serveur et cuisinier. Et puis 7 ans en tant que commercial. Quand j’ai arrêté de travailler, je me suis remis en question. A38 ans, je me suis demandé qui j’étais et ce que j’avais envie de faire. Une amie esthéticienne m’avait appris les techniques de l’épilation. Je voulais m’intéresser aux gens, leur apporter du bien-être. Pour moi un salon d’esthétique, c’est une halte, un moment à soi, une bouffée d’oxygène. J’ai trouvé un salon à reprendre à Coupière, en Auvergne, une commune de 4600 habitants près de Clermont-Ferrand… Mes démarches ont été nombreuses ! Je me suis adressé à la Chambre de Commerce et à la Chambre des Métiers. J’ai démarché pas moins de 15 banques différentes pour obtenir un prêt. Etant donné qu’il existait déjà deux salons dans la commune, les banques ne voulaient pas croire en mon projet. J’ai persévéré. Une banque est revenue sur son premier refus, à condition que je fasse appel à une société de cautionnement. Je me suis donc rendu à l’antenne France Active la plus proche, à Aix-en-Provence. Avec un conseillé, nous avons monté un dossier qui a été accepté en commission. Le prêt cautionné par France Active a été de 14 000 euros. J’ai enfin pu signer l’achat du salon le 19 août 2007. Ensuite il a fallu faire des travaux. Ceux-ci devaient durer trois semaines, ils ont pris trois mois ! Heureusement, j’avais prévu une cabine provisoire. Le 4 décembre, j’ai accueilli mes premières clientes alors que la rénovation du salon n’était pas achevée. C’est chose faite aujourd’hui et je suis satisfait. J’ai baptisé mon institut "Rêve et sens". Le bouche-à-oreille fonctionne. J’ai beaucoup de projet, je compte embaucher une jeune fille et reprendre d’autres instituts dans ma région."
