Le bonheur au-delà du PIB
En janvier 2008, Nicolas Sarkozy avait confié à deux prix Nobel d'économie, l'Américain Joseph Stiglitz et l'Indien Amartya Sen, une mission de réflexion sur la croissance qui prenne en compte le bien-être économique au-delà de la simple mesure du produit intérieur brut. C’est ce qu’on appelle avoir le nez creux…
"Il faut changer notre instrument de mesure de la croissance", déclarait à l’époque le chef de l'Etat, estimant qu'il fallait réfléchir "aux limites de notre comptabilité nationale ". L’inventeur du "Travailler plus pour gagner plus", devant un pouvoir d'achat atone et un moral des ménages en berne, revoyait déjà sa copie en rejoignant ceux (altermondialistes pour la plupart) qui militent depuis quelques années déjà pour le Bonheur National Brut ? Un indice mieux adapté à la "politique de civilisation" que le président Sarkozy appelle de ses vœux. Explication.
Que du bonheur !
Et si on remplaçait le Produit National Brut si cher à nos économistes par le Bonheur National Brut ? L’idée, qui peut sembler farfelue, a mobilisé, juste avant l’été, près d’un millier d’économistes et de statisticiens triés sur le volet. Et ceci à l’initiative de la très sérieuse et très réputée OCDE. De quoi s’agit-il ? D’introduire la notion de bien-être au coeur des instruments d'évaluation de la croissance, et par là même du progrès humain.
"Parce que nous mesurons le PIB par habitant, nous pensons savoir si les gens sont satisfaits ou non. Dans quelle mesure les dirigeants sont-ils informés de ce que veulent, ressentent et croient les gens ? a constaté José Angel Gurria, le secrétaire général de l'OCDE. En d’autres termes, les notions de PNB et de PIB, qui ne tiennent compte que de l’aspect productif et lucratif d’une activité, seraient aujourd’hui obsolètes. Au moins tant qu’on n’aura pas incorporé à ces indices de développement utilisés jusqu’ici une notion fondamentale : le bonheur, c’est-à-dire le degré de satisfaction qu’a chaque citoyen pour la vie qu’il mène. Le bonheur aurait donc une valeur économique. Reste à savoir comment le mesurer.
Certains s’y essayent. Ruut Veenhoven, professeur à l'université Erasmus de Rotterdam, à la tête d'une base de données mondiale sur le bonheur (World Database on Happiness), a compilé des données de 95 pays autour d’indicateurs qui prennent en compte notamment des exigences sociales et environnementales (protection des ressources naturelles, temps consacré à la famille, accès aux soins, bénévolat…). Au sommet de sa liste figure le Danemark (indice de satisfaction de 8,2 sur 10), suivi de la Suisse et de l'Autriche, tandis que la Moldavie, le Zimbabwe et la Tanzanie ferment la marche. Les Etats-Unis se classent 17e et la France 39e. L’Indice de Développement Humain des Nations Unies est la moyenne du PIB par habitant, de l’espérance de vie à la naissance et du niveau d’instruction. Des indicateurs d’inclusion sociale (indicateurs en matière de pauvreté et d’exclusion sociale) ou encore d’empreinte écologique (espace dont un individu ou une population a besoin pour soutenir son mode de consommation ou son style de vie) ont également été mis en place. Même des prix Nobel d’économie (Alan Krueger et Daniel Kahneman, professeurs à l’université américaine de Princeton et récompensés en 2002) ont décidé de se mêler de notre bonheur et travaillent sur une enquête nationale visant à “donner une image plus précise du bien-être de la population que celle délivrée par les questionnaires standards existants”. Enfin, l’universitaire anglais Adrian White a établi une « carte mondiale du bonheur » d’après cinq critères : santé, richesse, éducation, identité nationale et… beauté des paysages. A ce jeu là, la France se classe au 62ème rang, entre le Salvador et l’Indonésie.
Un petit tour par le Bhoutan
C’est en 1972 que le terme de Bonheur National Brut (BNB) est utilisé pour la première fois, au Bhoutan, petit royaume niché dans l’Himalaya, entre l’Inde et la Chine. Le souverain de cette nation bouddhiste avait décidé à l’époque que la priorité pour son pays serait la quête du bonheur, lequel reposerait sur quatre piliers : un développement socio-économique équitable et durable ; la préservation et la promotion des valeurs culturelles bhoutanaises ; la défense de la nature ; enfin, une bonne gouvernance.
Pour en savoir plus : http://amisdubhoutan.free.fr/Pages/bhoutan.htm

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Alan Krueger n'est pas prix Nobel